Geneviève Clastres, journaliste, auteur et spécialiste de l’Asie évoque pour le Poussin Voyageur le tourisme responsable.

tourisme responsable - Geneviève Clastres

Quelle est votre définition du tourisme responsable ?

Elle est très simple, un tourisme qui profite en priorité aux populations locales et aux territoires (guides, transports et hébergements locaux à prioriser), qui soit respectueux de l’environnement pour ne pas créer de pression sur les sites ou entrainer des flux de voyageurs trop importants nuisibles au patrimoine, à la nature, à l’équilibre des personnes en présence.

Enfin, un tourisme qui respecte l’ensemble de la chaine des professionnels, ce qui signifie concrètement des rémunérations juste autant sur les territoires (réceptifs, guides, transporteurs locaux, etc.) que pour les salariés des voyagistes en France. Il existe une vaste terminologie sur le tourisme responsable (éthique, solidaire, équitable, durable, etc.) mais dans l’ensemble, les grands principes se retrouvent ci dessus, soit trois piliers, l’environnement, le social et l’économique. Pour en savoir plus, je vous propose une vidéo récente où l’on m’a posé une question approchante.

Quelles sont les valeurs portées par un touriste responsable ?

Le respect et l’attention à l’autre, l’écoute, la lenteur, la prise en compte des ressources et de leur rareté, le respect de la nature, la curiosité, l’équité, l’humour, je pourrais ainsi continuer sur des lignes et des lignes, mais c’est avant tout notre bon sens et notre acuité à juger des situations qui compte – en essayant toujours d’être le plus juste mais sans pour autant oublier de faire fausse route – la perfection est épuisante si elle n’est pas égayée par quelques faux pas “bon enfant” qui feront tout le sel du voyage.

Vous participez au portail Voyageons-autrement.com. Que recherchez-vous à partager dans cette approche éthique du tourisme ?

Nous cherchons à partager et à faire connaitre au plus grand nombre tout ce qui se fait déjà, et depuis longtemps, dans ce domaine du tourisme responsable, ce, afin de montrer qu’un autre voyage est possible, pas forcément plus cher, pas forcément plus spartiate, pas forcément plus culpabilisant ou moralisant, mais non, juste un autre voyage plus juste, plus humain, plus proche de ce qui existe.

Très concrètement, on peut aller au Maroc et passer de sites en sites sans rencontrer personnes. On peut aussi aller au Maroc et être reçu dans des villages, partager des moments forts avec les populations locales, cuisiner un plat ensemble, s’initier à des savoir-faire locaux, randonner ensemble, découvrir un écologde qui sera le reflet des gens et des ressources que l’on trouve ici.

De nombreux voyagistes usent voire abusent du concept de “tourisme responsable” pour attirer une nouvelle clientèle. Comment choisir ?

Il existe des labels et des associations de voyagistes qui se réunissent pour établir des grilles de critères (reprenant et détaillant les trois piliers définis plus haut) garantissant une certaine équité et sanctionnés par un label ou l’appartenance à un réseau. Le plus connu dans le domaine du tourisme d’aventure est ATR, Agir pour un Tourisme Responsable (http://www.tourisme-responsable.org/), qui réunit des tours opérateurs tels Allibert, Voyageurs du Monde, Tirawa, Club Aventure, La Balaguère.

Dans le domaine du tourisme solidaire (une participation financière du voyage aide à financer un projet de développement sur place), l’ATES (Association pour le Tourisme Equitable et Solidaire – http://www.tourismesolidaire.org/) est la référence. Enfin, il existe aussi des voyagistes qui ont fait le choix de ne pas communiquer sur leurs actions responsables ou de ne pas rejoindre les réseaux pour garder une certaine indépendance – et là – c’est tout le travail du portail voyageons-autrement.com de les faire également connaitre – pour rester le plus exhaustif possible.

Une précision, à voyageons-autrement.com, notre positionnement est très clair. On parle et on met en avant toute les initiatives, T.O, professionnels du tourisme qui nous semble aller dans le sens. Et donc certains sont labellisés, d’autres non. En revanche, si on estime qu’un acteur ne correspond pas à notre façon d’envisager le voyage, on préfère  ne pas en parler plutôt que le « casser ».

genevieve_clastresPour moi, le tourisme responsable commence dès maintenant, à côté de chez nous, en s’intéressant à l’autre, aux autres, à leurs histoires, avec de l’écoute, de la curiosité”

Existe-t-il un label français ou international garantissant certains engagements responsables ?

Pour ce qui est des labels français, au-delà des différents labels cités ci-dessus, il faut préciser qu’il existe également une impressionnante “forêt” de labels émanant de toute la chaine des professionnels du tourisme, que ce soit les hébergeurs (écolabel européen, earthcheck, etc.), les transporteurs (encouragements divers à compenser ses gazs à effet de serre), les sites (pavillons bleus, flocon vert, etc.), etc.

Enfin, au  niveau international, il existe également un grand nombre de labels et réseaux, difficile de tous les citer ici. Mais par exemple, au  niveau européen, on peut citer Travelife qui tend également à fédérer les agences de voyage, ou le réseau EARTH qui se veut l’un des représentants principaux du tourisme responsable au niveau européen ainsi qu’un interlocuteur privilégié des institutions et organisations européennes concernant ce type de tourisme.

En voyageant en individuel, quelles attitudes ou habitudes peut-on adopter pour devenir plus responsable ?

On peut dès le départ compenser son transport via des organismes comme Compensation Carbonne (http://www.voyageons-autrement.com/compensation-carbone-co2.html). Il est ensuite plus responsable de privilégier les transports, hébergements et restaurants locaux, le territoire d’une façon général. Enfin, sur place, il s’agit surtout de bon sens et d’attention à l’autre ; alliant respect de l’environnement et des populations et sites visités, de toute une série d’éco-geste pour l’attention aux ressources (ne pas abuser avec l’eau par exemple si vous êtes dans un pays qui en manque), faire attention à vos déchets (les ramener avec vous si vous êtes dans le désert), etc. Enfin, chaque pays a sa propre perception du temps, de la pudeur, de l’autre, il est bien de s’être bien informé avant de partir…

tourisme responsable - Geneviève ClastresComment peut-on sensibiliser nos enfants au tourisme responsable ?

J’ai eu l’occasion de publier un ouvrage sur ce thème l’an dernier chez Gallimard Jeunesse – le Gout des voyages (http://www.voyageons-autrement.com/le-gout-des-voyages) qui justement vise à sensibiliser les enfants à partir de 7 ans (ensuite, il n’y plus de limites !) et ce, en les faisant réfléchir au pourquoi du voyage, au temps, aux religions rencontrées sur place, aux différentes façons de se vêtir, de se nourrir, de faire la fête, d’utiliser les ressources, mais aussi, en les faisant réfléchir aux impacts positifs ou plus négatifs du tourisme sur les territoire. J’ai été très surprise de la réactivité des enfants sur ce thème, car l’idée était également de leur montrer que tous voyagent déjà, parfois sans le savoir, en allant voir une tante, un oncle à l’étranger, mais d’ores et déjà par l’école, qui compte souvent dans une seule et même classe dans de nationalités et d’histoire de vie réunies. A Albertville, j’ai ainsi valoriser nombre d’émigrés turques, qui ont pu parler de leur pays, de leur coutume, etc. Car pour moi, le tourisme responsable commence dès maintenant, à côté de chez nous, en s’intéressant à l’autre, aux autres, à leurs histoires, avec de l’écoute, de la curiosité, et l’envie de mieux comprendre des cultures qui souvent nous échappent. Les enfants sont donc les meilleurs ambassadeurs car souvent, ils n’ont pas les mêmes fragmentations que les adultes, ils sont plus “purs”, plus “ouverts”, moins pollués par l’actualité et les idées reçues. Le tourisme responsable devrait commencer dès l’école.

Existe-t-il des destinations où le tourisme responsable est plus développé qu’ailleurs ?

Il existe beaucoup d’initiatives au Sahel, dans les pays du Maghreb mais aussi en Afrique de l’ouest, qui s’expliquent aussi par les liens forts qui nous unissent avec ces pays là, mais dans l’ensemble le tourisme responsable se développe sur tous les continents et dans tous les pays, avec des terminologies très larges et très variées.

Et pour vous, quel sera le prochain voyage ?

Ce sera la Lozère, à l’occasion des 20 ans de l’association de Stevenson, pour parler de randonnée, d’itinérance, et rendre hommage à ce grand homme qu’était Robert Louis Stevenson, dont j’ai déjà parcouru une partie des sentiers en famille cet été, lors de randonnées avec un âne, sur les traces d’une certaine Modestine.

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